Le Barreau de Paris lance son « Académie IA », un programme de formation gratuit destiné aux avocats parisiens, avec une première session prévue en novembre. L’initiative répond à des tensions de plus en plus visibles dans la profession, alors que l’IA s’impose déjà dans les usages des clients comme dans ceux des cabinets.
Plusieurs exemples cités par l’AFP illustrent le phénomène : des clients arrivent désormais avec des analyses produites par l’IA et leur accordent parfois davantage de crédit qu’aux explications de leur propre avocat. Le bâtonnier Louis Degos évoque aussi des « hallucinations » repérées dans des conclusions d’avocats, avec « quelques cas » qui lui ont été remontés. De son côté, François Girault, du Conseil national des barreaux (CNB), constate une hausse des sanctions, pour l’instant encore clémentes, et note un recrutement « un peu figé », certaines tâches traditionnellement confiées aux jeunes collaborateurs pouvant désormais être prises en charge par l’IA.
L’écart d’adoption entre structures nourrit une autre inquiétude. D’après une enquête du CNB publiée en mai 2025, 57 % des avocats exerçant seuls utilisent l’IA, contre 86 % dans les cabinets de plus de 100 avocats. Louis Degos relativise toutefois cette fracture, estimant que les petites structures ont elles aussi accès à des abonnements abordables.
Pour encadrer ces usages, l’Ordre avait adopté en juillet un modèle de charte d’utilisation de l’IA, mis à disposition de tous les cabinets. Ce document, non contraignant et adaptable par chaque structure, rappelle notamment qu’un outil non validé ne peut recevoir d’informations couvertes par le secret professionnel, et que l’avocat demeure seul responsable du contenu produit avec une IA. Il fait également de la formation une condition d’accès aux outils.
Le barreau de Paris avait annoncé en juillet la mise en place d’un dispositif de formation dans les semaines suivantes : c’est désormais chose faite. Chaque session, organisée sur une journée, comprend une présentation des outils puis un atelier de trois heures consacré à la création d’agents IA. Les participants repartiront aussi avec une bibliothèque de prompts pour prolonger la pratique dans leur cabinet. La formation est gratuite et validée au titre de la formation continue.
Selon l’AFP, le programme met l’accent sur l’anonymisation, la protection des données et la souveraineté numérique. L’ensemble s’inscrit dans la stratégie « Vers un barreau souverain », présentée au Conseil de l’Ordre le 19 mai. En revanche, l’Ordre ne précise pas encore comment il garantira l’indépendance du panorama d’outils proposé.