L’excellence scientifique européenne est une réalité mais elle peine à se convertir en produits et en entreprises.
C’est le constat de l’Office européen des brevets (OEB) qui publie ce qu’il présente comme la première étude de référence sur le transfert de technologie à l’échelle du continent. Elle croise les données de brevets et enquête auprès de plus de 800 offices de transfert de technologie (OTT) qui aident les chercheurs à protéger leurs inventions et à les mettre en relation avec entreprises, entrepreneurs et investisseurs.
Sur ce terrain, la France se distingue.
Selon l’outil Deep Tech Finder , le pays compte 633 spin-offs issues de la recherche. Un total qui le place au deuxième rang européen, derrière le seul Royaume-Uni.
L’OEB détaille le stade de développement de ces entreprises :
Amorçage : 408 entreprises, soit 64,5 %, qui passent du prototype de laboratoire au produit commercialisable et cherchent leurs premiers financements.
Accélération : 142 entreprises (22,4 %), qui élargissent leurs équipes.
Maturité avancée : 26 entreprises (4,1 %), qui ont réalisé des levées de fonds majeures ou affichent des valorisations supérieures à 500 millions de dollars.
Rachat : 57 entreprises (9 %), acquises par de grands groupes.
Près des deux tiers de ces spin-offs en sont donc encore à franchir l’étape la plus délicate.
Le CNRS en tête des dépôts de brevets
Le nouveau tableau de bord Data Desk consacré à la recherche publique européenne montre aussi un socle solide côté brevets.
En 2025, le CNRS est le premier organisme public européen avec 729 demandes de brevet, notamment en pharmacie, biotechnologies et technologies de mesure.
La Fraunhofer-Gesellschaft allemande est deuxième. Le CEA est troisième avec 528 demandes, avec une activité marquée par les semi-conducteurs et les énergies bas-carbone. Enfin, l’Inserm quatrième avec 432 demande, dans les sciences de la vie.
Deux universités suivent : Université Paris Cité (9e) et Sorbonne Université (11e).
Ce classement mesure un volume de demandes, pas leur devenir commercial.
Il souligne la forte hausse des demandes de brevet européen qui sont passées d’environ 3 200 en 2006 à près de 8 000 en 2025.
L’Allemagne, la France et le Royaume-Uni restent en tête, mais leur part cumulée est retombée d’environ 64 % à 55 %. L’OEB y voit non pas un recul de leur activité, mais l’élargissement de la base de recherche européenne avec une progression marquée aux Pays-Bas et en Espagne.
En 2025, la recherche publique est à l’origine d’environ 34 % des demandes de brevet européen en biotechnologies, 29 % en technologies quantiques et 26 % en produits pharmaceutiques.
Quel est le profil des offices de transfert de technologie (OTT) ? 90,5 % sont de petite ou moyenne taille, et 9,5 % de grande taille. Ces derniers emploient six fois plus de personnel, accompagnent des institutions dont les dépenses de recherche sont 23 fois supérieures et qui comptent près de sept fois plus de chercheurs. Ils reçoivent aussi près de 16 fois plus de déclarations d’invention.
Un écart persistant avec les États-Unis
Le constat est nuancé. Une fois l’invention entrée dans le circuit, les petits et moyens offices obtiennent des résultats comparables à ceux des grands.
La différence tient à la capacité. Les grands traitent nettement plus de dossiers par employé grâce à leur expertise spécialisée, à des processus rodés et à des réseaux commerciaux plus solides.
Sur les brevets, l’Europe a rattrapé son retard. Ceux impliquant des universités représentent environ 9 % des brevets européens, un niveau proche de celui des États-Unis. Quant aux universités, elles possèdent une proportion bien plus élevée de leurs inventions qu’il y a vingt ans.
L’écart apparaît ensuite. Dix ans après, 40,7 % des brevets détenus directement par des universités européennes ne sont plus en vigueur, contre 26,3 % côté américain. L’OEB y lit la preuve des difficultés à soutenir et commercialiser les technologies prometteuses, à l’heure où la Chine met l’accent sur la commercialisation des travaux universitaires dans son 15e plan quinquennal.
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