Le symbole est fort. Selon le 13ᵉ rapport annuel Scoring Tech Talent du courtier immobilier CBRE, la région métropolitaine de New York comptait 394 300 emplois technologiques en 2025, contre 375 730 pour la Bay Area de San Francisco.

Un basculement inédit depuis le lancement de cette étude, qui passe au crible plus de vingt métiers technologiques ( développeurs, data scientists, ingénieurs hardware, responsables systèmes ) dans 75 marchés métropolitains américains et canadiens.

Le renversement traduit deux dynamiques de marché du travail qui divergent depuis 2022. New York a gagné 30 640 emplois tech en trois ans (+8,4 %), quand la Bay Area en a perdu 23 900 (-6 %) sur la même période.

Colin Yasukochi, directeur du Tech Insights Center de CBRE à San Francisco, résume la mécanique à CNBC : les vagues de licenciements ont réduit la masse salariale technologique côté californien, tandis que le secteur financier new-yorkais a massivement recruté des profils tech et IA.

À l’échelle nationale, le constat se confirme : entre 2022 et 2025, la finance, l’assurance et l’immobilier ont créé 90 530 postes technologiques aux États-Unis, quand l’industrie tech proprement dite en supprimait 21 262 net.

Concrètement, un développeur employé par une banque de Midtown compte désormais autant, dans les statistiques de CBRE, qu’un ingénieur d’une start-up de la Bay Area. Cette définition large du « talent tech » explique une bonne partie du basculement statistique.

San Francisco garde la couronne… de l’IA

CBRE prend soin de nuancer le titre qui a fait le tour de la presse américaine : sur son classement pondéré, qui agrège treize critères (concentration de talents, salaires, loyers, vivier de diplômés, R&D),

San Francisco reste numéro un avec un score de 81,98, loin devant New York (70,38, 4ᵉ position). Le podium ( San Francisco, Seattle, Toronto) est inchangé par rapport à l’an dernier.

Et c’est bien sur l’IA que l’écart reste le plus net. La Bay Area concentre 98 699 travailleurs qualifiés en intelligence artificielle, contre 67 949 à New York, et continue de capter environ 80 % des levées de fonds IA américaines depuis 2020.

Les postes liés à l’IA y représentent désormais 57 % des offres d’emploi tech locales, contre 31 % en moyenne nationale.Une proportion qui n’était que de 11 % mi-2022.

Cette spécialisation se lit aussi dans l’immobilier de bureaux. Les entreprises IA ont représenté 58 % des surfaces louées dans la Bay Area au premier semestre 2026, pour un total cumulé d’environ 10 millions de pieds carrés loués depuis 2023.

New York, nouvelle place forte de l’IA d’entreprise

De son côté, Manhattan attire à son tour les géants du secteur. Anthropic a signé en avril un bail portant sur plus de 465 000 pieds carrés au 330 Hudson Street, tandis qu’Airbnb a acquis pour 82 millions de dollars un immeuble à Park Avenue South pour y installer son hub côte Est.

La demande de bureaux émanant d’entreprises IA à New York a atteint 800 000 pieds carrés au deuxième trimestre 2026, dépassant à elle seule le total de toute l’année 2025.

Autre indicateur révélateur de la structure des deux marchés : 61 % des travailleurs tech de San Francisco sont employés directement par des entreprises technologiques, contre seulement 34 % à New York, où la finance, la santé et les médias absorbent l’essentiel des recrutements tech.

À l’échelle du continent, l’IA continue de tirer l’emploi tech vers le haut : le nombre de travailleurs américains et canadiens déclarant des compétences en intelligence artificielle a bondi de 45 % sur un an, pour atteindre environ 751 000 personnes mi-2026. Toronto, elle, devance tout le monde en croissance brute avec 75 000 emplois tech créés sur la période, portée par une concentration de l’emploi IA canadien à 60 % dans le triangle Toronto-Montréal-Vancouver.

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