Dans les infrastructures LAN d’entreprise, l’IA fait progresser l’offre, pas la demande.
Il y a près d’un an, nous avions résumé ainsi la situation que dépeignait le Magic Quadrant dédié à ce marché. Il s’agissait d’une forme de raccourci. Gartner n’établissait effectivement pas de lien explicite entre iA et demande. Il affirmait surtout que le recul était dû à l’allongement des cycles de vie, corollaire de la pression économique.
Le cabinet américain rapprochait en revanche bel et bien IA et développement de l’offre. Il le disait, en l’ocucurrence, porté par de nouvelles approches d’approvisionnement sur fond de basculement vers des réseaux « autonomes ». Parmi ces approches, le NaaS. Alors encore peu adopté (moins de 2 % des entreprises), il se structurait néanmoins progressivement, avec l’émergence de modèles de consommation basés par exemple sur la surface occupé ou sur des incréments par utilisateur.
Gartner relègue le NaaS en toile de fond
Cette année, le NaaS est nettement plus en arrière-plan dans la synthèse du Magic Quadrant des infrastructures LAN. Gartner ne le mentionne guère qu’à la toute fin de la liste des critères « optionnels » (évalués, mais non impératifs pour être classé).
D’une année à l’autre, la liste des critères « obligatoires » demeure assez restreinte. Dans les grandes lignes ;
Gestion unifiée
Automatisation du cycle de vie
Sécurisation des accès
Isolation et microsegmentation
Télémétrie en flux
Intégrations ITSM
API publique
Switchs avec PoE et chiffrement MACsec
Points d’accès Wi-Fi tribande (avec 6 GHz)
Facultatif l’an dernier, le ZTNA l’est resté. L’UEBA l’était aussi. Comme, entre autres :
Mise en quarantaine automatisée
Jumeaux numériques
Agents IA pour traiter télémétrie et exploitation du quotidien
Assistant en langage naturel pour configuration et dépannage
Détection et résolution des dérives de configuration
Localisation indoor
Contrôles de réidence des données
Gestion d’équipements de fournisseurs tiers
Modèles de licence flexibles (dont NaaS)
Optimisation radio par IA
UI générative pour l’exploitation
Fortinet n’est plus « leader », Cisco le redevient
Le Magic Quadrant se structure en axes dits « exécution » « vision ». Le premier reflète la capacité à répondre à la demande (qualité des produits/services, expérience client, viabilité de l’activité…). Le deuxième reflète les stratégies (géographique, sectorielle, produit, commerciale.marketing…).
La situation sur l’axe « exécution » :
Rang
Fournisseur
Évolution annuelle
1
HPE
+ 2
2
Huawei
=
3
Cisco
+ 2
4
Arista Networks
+ 2
5
Extreme Networks
+ 2
6
Fortinet
– 4
7
Meter
+ 6
8
Nile
+ 2
9
H3C
=
10
ALE (Alcatel-Lucent Enterprise)
– 2
11
RUCKUS Networks
+ 1
12
Join Digital
– 1
13
Allied Telesis
+ 1
Sur l’axe « vision » :
Rang
Fournisseur
Évolution annuelle
1
HPE
+ 2
2
Cisco
+ 7
3
Meter
+ 4
4
Arista Nerworks
– 2
5
Huawei
=
6
Extreme Networks
– 2
7
Nile
– 1
8
Fortinet
=
9
RUCKUS
+ 1
10
Join Digital
+ 3
11
ALE
+ 1
12
H3C
+ 2
13
Allied Telesis
– 2
La plupart des offres incluent de l’assistance IA pour les diagnostics, les corrélations et les recommandations. Au-delà de ces briques de plus en plus considérées comme un socle de base, l’automatisation en boucle fermée se développe pour le moment plutôt sur des cas d’usage spécifiques : elle n’est pas encore transversale. L’adoption de l’agentique demeure limitée, centrée sur la validation des changements, l’analyse des incidents et la détection des dérives de configuration.
La segmentation et le contrôle d’accès sur la base des identités sont largement disponibles, mais il reste difficile de les intégrer sans accroître l’effort administratif nécessaire. Des différences entre fournisseurs se font sur ce point. Et plus globalement sur la qualité d’implémentation. D’autant plus dans un contexte où l’IA accélère la cadence de livraison de fonctionnalités… et accentue ainsi possiblement la fragmentation.
HPE et Huawei, à nouveau « leaders »
Juniper, « leader » en 2025, n’apparaît plus dans le Magic Quadrant cette année. La conséquence de son acquisition par HPE. Ce dernier, déjà « leader » l’an passé avec l’offre d’Aruba, conforte sa position.
Autre fournisseur « leader » en 2025 et qui l’est resté : Huawei. Cisco revient quant à lui dans ce cercle après rétrogradé chez les « challengers » entre autres parce que sa stratégie produit n’était « pas bien alignée » sur les besoins.
Un quatrième fournisseur est « leader » : Arista Networks. Cela faisait plusieurs années que Gartner le classait chez les « visionnaires ».
Hormis Juniper, seul un fournisseur est sorti du Magic Quadrant : TP-Link (ex-« acteur de niche » ). Son offre lui vaut tout de même une « mention honorable ».
Arista Networks garde l’étiquette datacenter
Chez Arista Networks, Gartner apprécie :
La cohérence d’exploitation autour de la plate-forme CloudVision, qui inclut du NDR
L’usage de l’IA pour la diagnostic, la simulation (jumeaux numériques) et la validation des changements
La stabilité financière et la croissance de la clientèle
Il note toutefois :
Un manque de notoriété sur ce segment, les acheteurs rattachant fréquemment Arista Networks à l’univers du datacenter
Une offre faite surtout pour les grandes entreprises, jusqu’à la tarification
Une adoption surtout en Amérique du Nord, susceptible de limiter la cohérence dans les autres régions géographiques
Entre Catalyst et Meraki, Cisco n’a pas tout clarifié
Chez Cisco, Gartner salue :
L’exploitation de plus en plus cohérente entre les portefeuilles Catalyst et Meraki
La fondation commune IOS-XE + Deep Network Model
L’échelle d’activité, la base client et l’écosystème de partenaires
Il relève néanmoins :
Une complexité d’achat croissante, surtout en cas de basculement entre Meraki et Catalyst
Un manque de clarté sur le positionnement de Meraki et de Catalyst au sein des offres lors des évaluations
Un delivery inégal de l’IA, certains éléments ne couvrant pas encore tout le portefeuille
Mist ou Central ? Chez HPE, un effort de sélection
En 2025, Gartner avait donné des bons points à HPE pour :
L’intégration d’Aruba Networking Central et d’OpsRamp, favorisant les migrations
Les fonctionnalités IA, en particulier sur la collecte et le traitement de la télémétrie
L’approche fabric facilitant les déploiements zero trust
Il avait, en parallèle, pointé :
Les disparités fonctionnelles entre offres cloud et sur site
La multiplicité des options NaaS
Les incertitudes liées à l’acquisition de Juniper
Les points positifs cette année :
L’alignement sur la demande en matière d’AIOps
La maturité d’Aruba Central et de Mist, et le moteur qui leur est commun
Les investissements financiers, la clientèle globale et le channel
Les points négatifs :
Nécessité de choisir entre Mist et Central, avec les implications opérationnelles que cela suppose
Dans ce contexte, tendance des nouveaux clients à se montrer plus vigilants sur la validation de la roadmap…
… et effort accru d’évaluation des solutions
Huawei reste un sujet géopolitique
En 2025, Huawei s’était distingué sur :
Les capacités IA (jumeaux numériques, optimisation du provisionnement et de l’UX)
L’approche fabric facilitant les déploiements zero trust
La roadmap alignée sur les besoins (parité cloud/on-prem, intégration de concepts du Wi-Fi 8 dans les points d’accès Wi-Fi 7…)
Gartner avait cependant souligné :
La présence commerciale tributaire de la géopolitique
L’efficacité limitée de la stratégie marketing, orientée technique
L’absence de volonté de proposer des modèles opex
Les points positifs cette année :
L’automatisation en boucle fermée
L’architecture unifiée CloudCampus, avec AIOps et zero trust
La cadence de livraison de fonctionnalités, notamment sur la détection Wi-Fi, l’assistance par IA et l’automatisation de la cybersécurité
Les points de vigilance :
À nouveau, les restrictions réglementaires et géopolitiques
À nouveau également, le positionnement « techno-centric », susceptible d’avoir moins d’écho dans les évaluations « business-centric »
La variabilité des modèles régionaux, susceptible d’engendrer des expériences d’achat et de support inégales
Fortinet, centré sur son firewall
Rétrogradé de « leader » à « visionnaire », Fortinet déploie pour le moment l’IA dans une logique d’assistance plutôt que d’automatisation. Il a par ailleurs un plan de contrôle centré sur son firewall, ce qui peut limiter l’évolution indépendante de l’exploitation LAN. Il positionne plus globalement son offre en tant que composante de son portefeuille cybersécurité, en conséquence de quoi sa visibilité peut être réduite lors des évaluations.
Illustration © Borin – Adobe Stock
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