Il aura suffi de quelques mois pour que Bruxelles dégaine son arme d’urgence.
Le 9 juin, la Commission européenne a ordonné à Meta de rouvrir l’accès à son API WhatsApp Business aux assistants IA concurrents. Et ce gratuitement, le temps que l’enquête en cours arrive à son terme. Une décision inédite qui place le marché naissant des agents IA au cœur des batailles réglementaires européennes.
Fait notable, la procédure s’appuie sur le droit antitrust classique, et non sur le Digital Markets Act. Une voie plus longue, mais que la Commission choisit délibérément ici pour son caractère d’urgence. Une première dans le secteur de l’IA.
Tout commence à l’automne dernier. Jusqu’en janvier 2026, Meta autorisait les assistants IA tiers à interagir avec les utilisateurs de WhatsApp, comme elle le fait pour d’autres entreprises telles que les agences de voyage en ligne ou les services clients.
ChatGPT, Perplexity, ou encore des acteurs plus modestes comme Luzia ou Poke.com pouvaient ainsi être sollicités directement depuis l’application. Mais en octobre 2024, Meta annonce qu’à partir du 15 janvier, seul son propre assistant, Meta AI, restera accessible sur la plateforme.
Trois sociétés déposent plainte (1). La Commission ouvre une enquête formelle en décembre, puis notifie des griefs à Meta début mars. Sous pression, il réouvre l’accès à ses rivaux mais contre rémunération. Une concession en trompe-l’œil.
Un verrou posé en octobre, une porte forcée en juin
Dans un discours au ton direct, Teresa Ribera, sa vice-présidente exécutive chargée de la concurrence, démonte d’abord la manœuvre de Meta.
Le tarif d’accès imposé aux concurrents est « si élevé qu’en pratique, il n’est pas économiquement soutenable pour eux.» L’accès reste donc « en pratique bloqué pour tous les assistants IA, à l’exception, bien sûr, de l’assistant de Meta.»
La Commission reconnaît elle-même que les mesures provisoires sont un outil rare. La dernière fois qu’elle y avait eu recours remontait à 2019.
Mais Teresa Ribera assume pleinement le choix : « Lorsque le dommage peut survenir rapidement et qu’il existe un risque que des entreprises soient contraintes de quitter le marché, nous devons utiliser nos outils.»
La leçon des marchés numériques passés est dans toutes les têtes. « Le fait que les autorités de la concurrence n’aient pas agi suffisamment rapidement a peut-être conduit à ce que des acteurs dominants s’enracinent au point que les marchés ne soient plus ouverts à une véritable concurrence. » admet-elle.
L’injonction est d’une simplicité revendiquée. « Nous demandons simplement à Meta de revenir à ce qu’elle faisait elle-même jusqu’en janvier de cette année. Rien de plus.»
L’ordre court jusqu’à la conclusion de l’enquête, au plus tard en juin 2029. Meta dispose de cinq jours ouvrés pour s’y conformer.
6 700 startups IA en Europe
Derrière la bataille juridique, c’est une vision de l’écosystème technologique européen que défend Bruxelles.
Teresa Ribera affirme que l’Europe compte quelque 6 700 startups IA. « Les mesures provisoires s’adressent à toutes, y compris aux acteurs américains comme les deux plaignants californiens de ce dossier. Nos règles ne cherchent pas à être protectionnistes. Elles se soucient uniquement des intérêts des consommateurs européens et d’un terrain de jeu équitable.».
Meta n’entend pas en rester là. « La Commission européenne a décidé qu’OpenAI et certaines des plus grandes entreprises du monde pourraient utiliser le produit payant WhatsApp Business gratuitement .» tonne un porte-parole. « C’est une ingérence réglementaire subventionnée par les nombreuses entreprises européennes qui, elles, paient. Nous ferons appel.»
Meta souligne par ailleurs que ses concurrents disposent d’autres canaux d’accès à l’IA comme les App Stores, les systèmes d’exploitation, les sites web ou les partenariats industriels.
(1) The Interaction Company ( développeur américain de Poke.com), la startup française Agentik, et un concurrent espagnol
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