开源,暂停数据中心建设……29项重夺数字主权的建议

Open source, moratoire sur les data centers…29 propositions pour reconquérir la souveraineté numérique

Silicon.fr by Philippe Leroy 2026-07-16 10:34 Original
摘要
法国议会委员会报告指出,法国公共部门约80%的软件采购依赖微软、VMware和甲骨文等美国企业,美国政府对数据访问请求量巨大,且电网预留的15吉瓦数据中心电力大多流向非欧超大规模企业。报告由菲利普·拉通布主席牵头,提出29项建议以重获数字主权,包括2030年起强制公共采购开源、学校“零微软”目标、对Mistral AI等初创公司设置“黄金股”及出售时收回补贴,并暂停不符合主权要求的数据中心项目。这些跨党派提出的措施,旨在应对特朗普新任期后美国技术封锁和数据风险,商业上推动开源替代、约束外资,并将在秋季启动立法进程。

法国国民议会调查委员会于7月8日提交了一份关于数字依赖与主权脆弱性的报告。尽管数字主权议题自2019年参议院隆盖报告、2021年拉通贝报告(即本次委员会主席)以来已反复讨论,但2026年的政治情境——尤其是特朗普第二任期开启的“MAGA时代”——赋予了这份文件全新的冲击力。拉通贝在序言中坦言,遗憾“非得等到MAGA时代”才能形成集体惊醒。

报告将转折点定于2025年1月特朗普重返白宫后,跨大西洋合作框架被彻底打碎。当年12月发布的美国国家安全战略直接将欧盟定位为美国利益的障碍;马斯克、帕兰提尔首席执行官阿列克斯·卡普等科技领袖也公开转变为政治行动者。美国政府封锁法国获取Anthropic模型一事,被报告视为“kill switch(远程关闭)”已从假设变成现实的确凿证据——即一个数字工具可因外国政治决定而瞬间切断。

依赖程度被清晰量化。据法国公共采购联盟估算,在法国政府50大软件供应商中,美国企业占近80%。各级公共部门对非欧洲供应商的总支出约为15亿欧元,其中10亿欧元可通过现有替代方案直接替代。私营领域更为惊人:欧洲企业向美国公司购买软件与云服务的支出高达2640亿欧元。依赖高度集中在微软、VMware和甲骨文三家供应商。个人数据方面同样脆弱:2025年下半年,美国政府向微软提出逾5500项数据披露请求,向谷歌提出逾6万项,谷歌在89%的案例中予以配合。数据中心方面,法国电网运营商RTE已为数据中心项目预留15吉瓦电力并网容量,相当于法国核电机组容量的24%,而绝大部分受益者为美国超大规模运营商或其他非欧洲主体,纯欧洲运营商仅获得1.4吉瓦。

报告提出29项结构化建议,核心方向包括:

  • 以开源作为产业替代:设立法国自由开源基金会(Flos),并配套“Logic”基金,与欧洲主权技术基金形成补充。2030年1月1日起,公共采购须强制采用开源;地方政府的开源支出可计入投资而非运营。建议“校园零微软”目标,将自由软件教学纳入教育法典,从早期切断长期依赖习惯。
  • 锁死服务连续性:在公共合同中普遍推行托管条款,确保供应商倒闭时国家仍能获取核心技术要素。更具强制力的“最终主权条款”则要求战略性供应商在转售时必须将软件运行所需元素交还国家。
  • 掌控本土AI新锐:建议国家在Mistral AI和ChapsVision中持有特殊股(黄金股),赋予对某些战略性资本决策的否决权。并规定,若初创企业快速出售给非欧洲实体,须偿还启动补助、研发税收抵免等公共资助。
  • 数据中心暂停令:对不符合主权要求的数据中心项目实施暂停,并加强公共控制,以遏制用电容量被外国势力挤占的趋势。
  • 强化法律与制度工具:激活欧盟“阻断条例”及反胁迫工具,回应美国法律的域外适用。创建GDPR集体诉讼程序。成立权责完备的数字事务部,并赋予跨部门实权,同时设立议会数字事务代表团。

报告获得了从“不屈法国”到共和党等对立党派的一致支持,将为后续立法进程提供支撑:9月21日起将审议关键基础设施韧性与网络安全法案,随后则是2027年财政法案。

Summary
A French parliamentary commission chaired by Philippe Latombe warns that U.S. tech dependence has become a "kill switch" risk, with 80% of administration software bought from American firms and 5,500+ U.S. data requests to Microsoft. The report proposes 29 measures including mandatory open source in public contracts by 2030, a "zero Microsoft" goal in schools, golden shares in Mistral AI, and a moratorium on non-sovereign data centers. This aims to redirect €1.5 billion in public spending toward European alternatives and reshape procurement, education, and infrastructure policies.

A French parliamentary inquiry report, registered on July 8, lays out 29 structural proposals to claw back digital sovereignty from U.S. tech dominance. The context is what commission chair Philippe Latombe calls “the MAGA shock”: Trump’s second term shattered the postwar transatlantic framework, with the U.S. national security strategy designating the EU an obstacle and tech CEOs like Elon Musk and Alex Karp acting as overt political players. The report warns that the “kill switch is no longer a hypothesis but a reality,” pointing to the U.S. government’s decision to block access to Anthropic’s AI models as proof that critical digital tools can be revoked overnight by a foreign political decision.

France’s dependency is deep and costly. American firms account for nearly 80% of software purchases from the 50 largest suppliers to the French administration, with public-sector spending on extra-European vendors totaling €1.5 billion—€1 billion of which is deemed immediately substitutable with existing alternatives. Across all European enterprises, the bill for U.S. software and cloud services reaches €264 billion. Dependence is concentrated: Microsoft, VMware, and Oracle dominate. Personal data is also exposed; in the second half of 2025, the U.S. government issued over 5,500 disclosure requests to Microsoft and more than 60,000 to Google, which complied 89% of the time. On AI infrastructure, France’s grid operator RTE has reserved 15 GW of electrical connection capacity for data centers—24% of the nation’s nuclear fleet output—but only 1.4 GW is earmarked for strictly European operators, while the lion’s share flows to American hyperscalers.

To reverse course, the report proposes creating a “France Libre Open Source” (FLOS) foundation, backed by a new Logic fund that complements the European Sovereign Tech Fund, and making open-source software mandatory in public procurement by 2030, with local-authority spending reclassified as investment. Education is targeted with an “Zero Microsoft in schools” goal and a requirement to teach free software. Public contracts would include mandatory escrow clauses and, for critical providers, a “final sovereignty clause” forcing the handover of essential technical elements if a supplier is sold. The state could take golden shares in AI champions Mistral AI and ChapsVision, giving it veto rights over strategic capital decisions, and startups that received French public aid would have to repay it if quickly acquired by a non-European buyer. A moratorium on data-center projects that lack a sovereignty justification would be imposed, with reinforced public oversight. On the legal front, the report urges activating the EU Blocking Statute and anti-coercion mechanisms, creating a GDPR collective-redress procedure, and establishing a full-fledged ministry for digital affairs with an interministerial authority, alongside a dedicated parliamentary delegation.

The cross-party consensus behind the report, spanning left to right, now feeds into two legislative moments: a bill on critical infrastructure resilience and cybersecurity from September 21, and the 2027 finance bill.

Résumé
Un rapport parlementaire piloté par le député Philippe Latombe chiffre la dépendance des administrations françaises aux logiciels américains (Microsoft, VMware, Oracle) à 1,5 milliard d’euros et alerte sur le risque de « kill switch » politique. Il préconise 29 mesures choc, dont l’open source obligatoire d’ici 2030, un objectif « zéro Microsoft » à l’école, des golden shares dans Mistral AI et un moratoire sur les data centers extra-européens, pour restaurer la souveraineté numérique française.

Enregistré le 8 juillet à la présidence du Palais Bourbon, le rapport de la commission d’enquête « sur les dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique et les risques pour l’indépendance de la France » ne révolutionne pas le genre sur le plan conceptuel.

La souveraineté numérique française, on en parle depuis le rapport Longuet du Sénat en 2019, puis depuis celui de Philippe Latombe ; précisément le président de cette nouvelle commission  en 2021. Mais en 2026, c’est le contexte plus que la nouveauté du diagnostic, qui donne au document toute sa charge politique.

L’électrochoc MAGA

Le président Latombe,  député du groupe Les Démocrates de la 1ère circonscription de Vendée, ne s’en cache pas dans son avant-propos : il regrette « qu’il ait fallu attendre l’ère MAGA » pour qu’un electrochoc collectif se produise.

Le rapport situe la rupture au second mandat de Donald Trump, entamé en janvier 2025, qui a fait voler en éclats le cadre de coopération transatlantique hérité de l’après-guerre. La stratégie de sécurité nationale américaine publiée début décembre y désigne l’Union européenne comme un obstacle aux intérêts américains. Par ailleurs, des dirigeants puissants de  la tech, comme Elon Musk ou le patron de Palantir Alex Karp, ont basculé du rôle de chefs d’entreprise à celui d’acteurs politiques assumés.

Le document pointe le blocage, sur décision du gouvernement américain, de l’accès aux modèles d’Anthropic comme une démonstration que « le kill switch n’est plus seulement une hypothèse mais une réalité ». Autrement dit : un outil numérique dont dépend une administration, une entreprise ou un État peut, du jour au lendemain, lui être retiré sur simple décision politique étrangère.

Une dépendance chiffrée à 1,5 milliard €

Selon l’Ugap (l’Union des groupements d’achats publics), les acteurs américains représentent près de 80 % des achats logiciels des cinquante plus gros fournisseurs de l’administration française. Les dépenses des administrations publiques, collectivités comprises, vers des acteurs extra-européens sont évaluées à 1,5 milliard € dont un milliard jugé directement substituable par des alternatives existantes.

À l’échelle des entreprises privées, la facture grimpe à 264 milliards € de logiciels et services cloud achetés par les Européens aux entreprises américaines.

Trois fournisseurs concentrent l’essentiel de la dépendance logicielle des administrations : Microsoft, VMware et Oracle.

Le rapport détaille aussi une fragilité côté données personnelles. Au second semestre 2025, le gouvernement américain a adressé plus de 5 500 demandes de divulgation de données à Microsoft et plus de 60 000 à Google qui y a donné une suite favorable dans 89 % des cas.

Sur l’intelligence artificielle et les data centers, le rapport relève que RTE a réservé 15 gigawatts de capacité de raccordement électrique pour des projets de data centers, soit 24 % de la puissance du parc nucléaire français.

Selon l’analyse de la commission, l’essentiel profiterait à des hyperscalers américains ou à d’autres acteurs extra-européens, contre seulement 1,4 GW pour des opérateurs strictement européens.

29 propositions pour reprendre la main

Le document distingue des recommandations, jugées consensuelles et d’application rapide, et 29 propositions plus structurantes portées par la rapporteure.

Plusieurs axes se dégagent.

Miser sur l’open source comme alternative industrielle.

Le rapport propose de créer une fondation France Libre Open Source (Flos) chargée de pérenniser les briques open source utilisées par l’État, adossée à un fonds (baptisé Logic) venant compléter le Sovereign Tech Fund européen. L’open source deviendrait obligatoire dans les marchés publics d’ici le 1er janvier 2030, et les dépenses des collectivités territoriales dans ce domaine seraient comptabilisées en investissement plutôt qu’en fonctionnement.

Sortir l’école de l’emprise de Microsoft.

La proposition n°5 est sobrement intitulée « Objectif zéro Microsoft dans les écoles ». Elle est accompagnée d’une modification du code de l’éducation pour intégrer l’enseignement des logiciels libres ; le rapport pointant l’ancrage précoce des habitudes numériques chez les élèves comme un facteur clé de la dépendance de long terme.

Verrouiller la continuité de service.

Le texte propose de généraliser les clauses d’entiercement dans les contrats publics afin que l’État conserve l’accès aux éléments techniques indispensables en cas de défaillance d’un prestataire.

Solution plus radicale, une « clause de souveraineté finale » imposerait, pour les fournisseurs jugés structurants, la rétrocession à l’État des éléments nécessaires au fonctionnement du logiciel en cas de revente.

Encadrer les pépites frnçaises de l’IA.

Le rapport suggère que l’État puisse détenir des actions spécifiques (golden shares) dans Mistral AI et ChapsVision ouvrant un droit de blocage sur certaines décisions capitalistiques stratégiques. Il propose aussi le remboursement des aides publiques (aide à l’amorçage, crédit d’impôt recherche) en cas de vente rapide d’une start-up française à un acteur extra-européen.

Un moratoire sur les data centers

Freiner la course aux data centers.

Face à la concentration des capacités électriques réservées au profit d’acteurs étrangers, la commission propose un moratoire sur les projets de data centers ne répondant pas à un impératif de souveraineté, assorti d’un contrôle public renforcé de leur déploiement.

Muscler l’arsenal juridique et institutionnel.

Le rapport plaide pour l’activation du règlement de blocage européen et, si nécessaire, de l’instrument anti-coercition face à l’application extraterritoriale du droit américain. Il recommande la création d’une procédure de recours collectif au titre du RGPD  et d’un véritable ministère du numérique de plein exercice doté d’une autorité interministérielle aux prérogatives renforcées. Il serait complété par une délégation parlementaire dédiée au numérique.

Fruit d’un travail consensuel entre groupes politiques que tout oppose par ailleurs, de LFI aux Républicains, le rapport doit désormais alimenter deux rendez-vous législatifs annoncés pour l’automne et l’hiver. D’abord l’examen du projet de loi sur la résilience des infrastructures critiques et la cybersécurité qui est attendu à partir du 21 septembre. Ensuite, le projet de loi de finances pour 2027.

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AI Insight
Core Point

A French parliamentary commission report proposes 29 measures—including mandatory open source, a data center moratorium, and golden shares in AI firms—to reclaim digital sovereignty spurred by US geopolitical unreliability under Trump’s second term.

Key Players
  • Microsoft, VMware, Oracle — dominate French government software; based in the US.
  • Google — received 60,000+ US data requests in H2 2025, complied with 89%.
  • Mistral AI — French AI startup, targeted for state golden shares.
  • ChapsVision — French data analytics firm, also targeted for golden shares.
  • RTE — France’s electricity grid operator; reserved 15 GW for data centers, mostly foreign.
Industry Impact
  • ICT: High — mandatory open source in public procurement by 2030, zero Microsoft in schools, and supplier backup clauses could upend software/cloud market.
  • Energy: High — proposed moratorium on non-sovereign data centers challenges hyperscaler electricity reservations and reshapes grid planning.
  • Computing/AI: High — golden shares in AI startups and repayment of public aid on foreign sale tighten state control over strategic tech.
Tracking

Strongly track — the report’s cross-party consensus and imminent legislative vehicles (autumn 2026 bills) make concrete regulatory shifts likely, impacting EU digital sovereignty debates.

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